Une mer peu protégée

Le WWF pointe l’échec des pays à protéger la Méditerranée

À quelques jours de l’ouverture de la COP 25 à Madrid (2-13 décembre) et de la Convention de Barcelone (2-5 décembre à Naples), le WWF rend public son rapport sur la protection de la Méditerranée. Protection qui, malgré les engagements des états, est un échec.

“Les pays méditerranéens échouent à protéger la Méditerranée alors que la biodiversité décline à un rythme sans précédent”. Voilà résumé le nouveau rapport de l’ONG (Organisation non gouvernementale) WWF avant l’ouverture de la Convention de Barcelone pour la protection du milieu marin et du littoral de la Méditerranée. Les représentants des pays méditerranéens membres doivent y évaluer leurs progrès en matière de “protection de la biodiversité en Méditerranée” et amorcer leur “nouveau plan d’action post-2020”. Premier objectif de la Convention plombé donc par ce rapport du WWF.

Des aires marines protégées qui ne le sont pas

Alors que les pays méditerranéens se sont engagés il y a dix ans à protéger 10 % de leurs aires marines, “aujourd’hui seul 1,27 % de la Méditerranée est efficacement protégé, principalement dans la partie nord de la région”, note le WWF. “À ce jour, 9,68 % de la surface de la mer Méditerranée est classée comme aire marine protégée. Si ce résultat semble à première vue positif, la création de la grande majorité de ces aires est purement administrative et n’est pas suivie d’une mise en œuvre effective”, assure encore l’ONG. Dont le rapport révèle ainsi que “seuls 2,48 % de la surface de la mer Méditerranée” est couverte par des aires marines protégées disposant réellement d’un plan de gestion ; et encore moins, 1,27 %, est couvert par des aires “dont les plans de gestion sont mis en œuvre”. Enfin, un microscopique 0,03 % de la surface de la Méditerranée est “intégralement protégé de toute intervention humaine”.

L’ampleur de la tâche qui reste à accomplir est inversement proportionnelle à ces “résultats” désolants.

Le nord mieux protégé que le sud

Le WWF regrette que l’objectif des 10 % d’aires marines ne soit pas totalement atteint mais surtout qu’un réseau des aires marines n’ait pas vu le jour.

Une telle mise en réseau “contribuerait fortement à restaurer un écosystème unique au monde, qui abrite plus de 10 000 espèces dont 28 % sont endémiques. Un capital naturel qui génère 5,6 mille milliards de dollars par an, principalement par la pêche, l’aquaculture et le tourisme et qui est fortement menacé par les activités humaines”.

Autre constat, aussi économique qu’écologique, sinon plus : le nord de la Méditerranée est mieux protégé que le sud. “On voit des disparités entre les pays du pourtour méditerranéen dans la protection des aires marines.

Une grande partie de l’augmentation de la surface de ces aires est due à quelques pays seulement, dont la France et l’Espagne notamment et en moindre mesure la Croatie, la Grèce et Malte alors que d’autres pays comme l’Égypte, l’Italie, la Turquie et la Slovénie n’ont pas fait suffisamment d’efforts pour instaurer de nouvelles aires marines protégées”, souligne le WWF.

Protéger 30 % de la Méditerranée d’ici 2030

Malgré les échecs, le WWF appelle encore à “protéger efficacement 30 % de la Méditerranée d’ici 2030”. “Si la France est le pays le plus ambitieux en termes de création d’aires marines protégées, dans les faits, moins d’1 % bénéficie d’une protection forte, tempère Ludovic Frère Escoffier, responsable du Programme Vie des océans au WWF France.

Pour être crédible lors du Congrès mondial de l’UICN (Union internationale pour la conservation de la nature) qu’elle accueillera en juin prochain, la France doit renforcer les moyens dédiés à la gestion des aires marines protégées (et) également réduire les pressions et les impacts des activités économiques autour et au sein de ses aires marines afin de renforcer et rendre effective leur protection”.

 

 

Frédérique Michalak

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