Berlinale 2019

Cinéma : la Berlinale 2019 se penche sur le sort de la Terre défigurée

Fidèle à sa tradition de festival du cinéma engagé, la Berlinale 2019 décrète l’urgence climatique et répond à un climato-scepticisme ambiant. A travers plusieurs films en compétition, elle trace le portrait d’une humanité destructrice pour la planète, tout en présentant quelques solutions.

CAPTURE D'ECRAN ANTHROPOCENE

Le 69e festival international du film de Berlin, qui se déroule du 7 au 17 février 2019, se place sous le signe de la protection de la planète. Au moins quatre films évoqueront les conséquences des bouleversements climatiques et de la menace grandissante sur notre planète bleu. Il faut sans doute y voir la patte de l’actrice française Juliette Binoche, présidente du jury de l’édition 2019, dont on connaît l’engagement fort pour les questions environnementales et d’urgence climatique.

En début de festival, Juliette Binoche a rappelé l’importance politique que pouvait apporter le cinéma. « Le monde contemporain est égoïste, beaucoup de pays riches ferment leur frontière et le changements climatiques soulèvent vraiment beaucoup de questions, il y a urgence à agir », a-t-elle déclaré.

Epoustouflant Anthropocène,

« Nous avons atteint un moment sans précédent dans l’histoire de notre planète : les humains affectent maintenant la Terre et sa géologie plus que toutes les autres forces naturelles combinées », estime Jennifer Baichwal, réalisatrice canadienne d’Anthropocène : l’époque humaine. Ce récit, qui a nécessité trois ans de travail sur six continents, recense avec des images aussi époustouflantes que terrifiantes l’impact humain sur l’environnement. On y voit des digues de béton sur les côtes chinoises, des paysages lunaires des mines de charbon allemandes, le désert chilien d’Atacama ravagé par l’extraction de lithium, la montée des eaux à Venise, la déforestation au Nigeria. Une Terre totalement défigurée par l’homme.

Depuis la révolution industrielle, plus de 390 milliards de tonnes d’émissions anthropiques de carbone ont été rejetées dans l’atmosphère et la production de plastiques a atteint 300 millions de tonnes annuelles, contre deux millions en 1950. À l’inverse, le nombre de vertébrés sauvages s’est effondré de 60 % entre 1970 et 2014.

Inquiétant Earth

Dans Earth, le film du documentariste Nikolaus Geyrhalter, on découvre l’insasiable avidité des hommes pour les ressources naturelles. « On se demande ce que les gens penseront dans 40 ou 50 ans de ce que nous faisons aujourd’hui. La technologie progresse plus vite que les gens ne peuvent vraiment le comprendre », explique le réalisateur qui prend l’exemple de l’ancienne mine de sel de Wolfenbüttel. Là, dans le centre de l’Allemagne, une mine a été reconvertie dans les années 70 en site de stockage « totalement sûr » pour déchets nucléaires. Sauf que les scientifiques avaient mésestimé les risques d’infiltration d’eau, obligeant les autorités à fermer la mine plusieurs décennies plus tard.

 

Inspirant 2040

À côté de ces tableaux pessimistes, certains réalisateurs dont les films sont présentés à la Berlinale tentent de montrer que la tendance peut encore être inversée.

Sous la forme d’une lettre visuelle à sa fille de quatre ans, le cinéaste Damon Gameau tente avec 2040 d’explorer ce à quoi l’avenir pourrait ressembler si l’humanité se tournait massivement vers des solutions déjà disponibles : énergie solaire, transports écologiques, végétalisation de villes ou encore permaculture marine.

« Pour y parvenir, il faudra un effort monumental de la part de toutes les facettes de la société […], mais nous savons que 50 % des émissions proviennent des 7 % les plus riches et que 71 % des émissions proviennent de seulement 100 entreprises », insiste l’acteur et réalisateur australien.

 

Persévérant The Biggest Little Farm

En écho, l’Américain John Chester raconte dans The Biggest Little Farm comment il est parvenu en huit ans avec sa compagne à transformer un terrain aride et infertile près de Los Angeles en une immense ferme à l’écosystème prospère et autorégulé.

Ce portrait franc et touchant d’un couple idéaliste cherchant à vivre en harmonie avec la nature, un processus ponctué de réussites, mais aussi de rudes épreuves, promeut une agriculture et un élevage sains dépourvus de pesticides et de médicaments. « Bien sûr, une seule ferme ne pourra pas inverser le changement climatique. Mais si chacun d’entre nous fait quelque chose pour l’écosystème, alors nous y parviendrons », prophétise le fermier-réalisateur.

PH.P (AVEC AGENCES DE PRESSE)